Pourquoi le capitaine Haddock ne s'est pas mis au yoga?

Mis à jour : mai 18


Vous aussi vous connaissez ce proche ou cet ami noyé de stress, baignant dans une irritabilité prompte à dévaster tout effort de tranquillité ou tellement tendu qu'il en perd le goût du repos?



Vous lui avez peut-être déjà maintes fois recommandé d'essayer le yoga ou la méditation? Vantant les mérites de tel ou telle technique, de tel ou telle prof ou de ce centre que vous fréquentez et qui vous fait tant de bien. Même les psys et les neurosciences appuient la sagesse de ces conseils en soulignant les bienfaits de la pleine conscience, de l'activité physique et de la relaxation, composants de base du Hatha yoga*.


Pourtant quelque chose résiste. Quelque chose pousse parfois certains à croire qu'ils ne sont pas capables de sortir du cercle vicieux, de se relaxer, de bouger ou de se faire du bien.


J'ai été confrontée à différents scénarios, en tant que thérapeute, en tant qu'enseignante de yoga ou simplement en tant que proche concernée:

"Je ne peux pas respirer, je n'y arrive pas, j'ai déjà essayé la respiration, ça m'angoisse", me dit M.

"Ce n'est pas pour moi de ne rien faire et rester tranquille. Je suis trop nerveux, ça m'énerve!", me dit N.

"Je n'arrive pas à méditer, mon père a déjà essayé de me montrer des exercices, mais ça va trop dans tous les sens dans ma tête. Le seul truc qui me calme vraiment c'est les joints", me dit O.

"Quand on fait des postures plus compliquées j'arrive mieux à me concentrer mais quand ça devient plus calme c'est difficile dans ma tête", me dit P.


Quel est le point commun dans ces vécus au demeurant très distincts les uns des autres, me direz-vous?


A mon sens, ces différentes résistances suggèrent une forte volonté d'arriver à destination sans pour autant connaître l'itinéraire le plus adapté à sa localisation de départ. Il est évident que nous ne sommes pas tous égaux face à nos possibilités physiques, perceptives, psychiques et émotionnelles.


En outre, ces résistances nous rappellent aussi que pour beaucoup d'entre nous il est peu tolérable d'être à l'intérieur de soi. Et à juste tire, puisque prendre contact avec son espace intérieur représente un obstacle de taille lorsque nous n'avons pas acquis une tolérance minime face à nos émotions, à nos sensations ou à nos pensées. Il peut être alors douloureux d'être confronté à ces éléments que nous avons l'habitude d'identifier à notre nature profonde ou de juger: JE suis en colère ou je suis colérique, JE/J'ai mal ou je suis sensible, JE pense trop ou je ne suis pas normal de penser à cela.

Les pratiques yoguiques nous enseignent d'abord à nous reconnecter à ce monde interne, à le reconnaître avec le plus d'objectivité possible afin de nous permettre de nous en dissocier affectivement. J'entends par là que nous apprenons d'abord à identifier clairement ce qui nous traverse comme sensations, émotions et pensées avant de tenter de nous en détacher.

Le procédé est donc bien différent des tentatives d'anesthésie que vont produire certaines consommations ou de détournement de l'attention conduit par la multiplication des activités ou des distractions. Nous apprenons à transformer le "JE suis en colère/triste/survolté" en "JE/J'observe que de la colère/tristesse/agitation est présente en moi..." jusqu'à, avec un peu de temps, "...et JE peux m'en foutre royalement". Il est donc de mise que nous ne négligions pas le courage nécessaire à une telle démarche et que nous ne minimisions pas les douleurs que cela pourrait représenter tant dans le processus de reconnaissance de ce qui est que dans le détachement.


Il va sans dire que le fait de se sentir stressé ou pressé comme un citron va avoir pour effet de nous faire réagir le plus vivement possible. Il va vite falloir trouver un moyen de se détendre, vite falloir se reposer, vite manger et surtout s'endormir le plus rapidement possible. On flaire déjà l'embrouille rien que dans l'énoncé et pourtant on s'acharne encore et encore! La bonne nouvelle c'est que notre réactivité au stress se transforme elle aussi avec la pratique. Petit à petit, on apprend à prendre ce petit temps de recul nécessaire à reconnaître ce qui agit en nous. Petit à petit, on apprend à réinterroger son réel besoin et à le distinguer d'une envie ou d'une impulsion. Et progressivement, on apprend à pouvoir agir en toute conscience, à être pleinement conscient à soi, aux autres et au monde.


"D'où que surgisse la pensée, qui est mobile et vagabonde, il faut la contrôler et la conduire en soi, résolument. C'est quand on est détaché, serein dans sa pensée, que nous échoit la paix suprême, l'activité ne nous harcèle plus, nous sommes Conscience, plus rien ne nous affecte."

Krishna à Arjuna, §VI, Bhagavad Gîtâ


Le chemin passionnant de toute une vie.





*et tous les styles qui en découlent: Anusara, Ashtanga, Vinyasa, Kundalini, Bikram/Hot, Iyengar, Sivananda, Viniyoga, Jivamukti, etc.

39 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout