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  • Karima Brakna

La voie du lotus


Les histoires nous ont habitué à attendre la fin du récit pour en extraire la substantielle moelle qui nourrira notre inspiration et notre expérience. Les histoires sont un puit inépuisable de sagesse et d’apprentissages. Apprendre le yoga, toutefois, commence par la morale. Quelle est-elle? Apprends à te réfréner sur les aspects dictés par les Yamas et astreints-toi autant que faire se peut aux Niyamas. La morale et l’éthique en guise d’ « il était une fois ». Nous pouvons alors entrer dans le vif du sujet qui nous intéresse tout particulièrement, nous les occidentaux de l’ère moderne, la pratique physique. Les asanas, ces postures aux noms très imagés, nous permettraient uniquement de parvenir à réaliser l’une des pratique les plus avancée du Yoga: méditer


« C’est un état où les pensées s’arrêtent, suspendues par la pérennité du détachement, où, se percevant par soi-même, on est heureux en soi. C’est un état où l’on connaît un bonheur sans limites, hors de portée des sens, que seule la conscience perçoit. Une fois qu’on s’y trouve, on ne s’écarte plus de la réalité »

Bhagavad Gîtâ, § 6


La posture la plus couramment décrite dans les textes de référence pour pratiquer la concentration menant à la méditation s’appelle Padmâsana en sanskrit, la posture du lotus. En quoi ce croisement de jambes digne d’une dislocation articulaire des deux hanches, à la portée de peu d’élus qui plus est, symboliserait-il cette fleur sacrée et estimée et comment cela permettrait-il d’atteindre un état de félicité infinie?

En rien probablement…


Mais observez le cycle de vie du lotus et vous comprendrez comment avancer dans la pratique du yoga.


La graine de lotus a la capacité de germer dans les milieux les plus humbles. Dans la vase des marais, les fonds boueux des étangs stagnants tout comme dans le lit des grands lacs. Une fois enraciné, bien loin de la surface, la pousse n’aura de cesse de s’élever à la rencontre de la lumière, de toutes ses forces. Bien que les rayons du soleil subissent les déformations de la réfraction et soient plus difficiles à percevoir avec clarté depuis le fond du bassin, la fleur en croissance sait exactement quelle ligne se frayer pour les atteindre. Une fois à la surface, se gardant bien de rester à bonne distance de l’eau boueuse d’où elle a éclot, la fleur de lotus déploie ses magnifiques pétales face au soleil, symbole de connaissance et de vérité, et semble flotter en toute légèreté. Ainsi l’aspirant yogi s’enracine d’abord dans la réalité, les tragédies, les tracas et tout ce qui l’embourbe loin de sa divine nature et du chemin de la réalisation de soi. Tout comme la graine du lotus, il peut être longtemps prisonnier de la boue de la dualité, dans l’identification à ce qu’il vit: « je suis un homme, je suis une femme, un fils, une employée, un malade, une européenne, etc ». A force de se définir, on se sépare les uns des autres (et de sa vraie nature). Et peut-être qu’un jour, au détour d’une rencontre, d’une histoire, on se laisse percer par une sagesse simple. Une fêlure dans la coque de la graine et le voyage commence.


Le lotus n’a pour aspiration que de fleurir, n’importe où, n’importe quand. La lutte et l’énergie déployée pour atteindre la surface n’est qu’une partie intégrante du processus. Le résultat est pure beauté.


En posture du lotus, le yogin ancre son assise et s’enracine pour pouvoir petit à petit s’élever en conscience et évoluer vers des pratiques supérieures de concentration, de méditation et idéalement, éclore à l’éveil.





Références

- Myths of the Asanas: The Stories at the Heart of the Yoga Tradition; Alanna Kaivalya, Shiva Rea et Manorama; 2016

- Bhagavad Gîtâ; Traduit du sanskrit par Alain Porte, aux éditions Arléa




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